Quartiers Nord est un groupe de rock fondé à Marseille en 1977, par Robert "Rock" Rossi (adhérent de la Mutuelle de France-Sud), Alain Chiarrazo et Philippe Troïsi. De leur premier album en 1980 ("Quartiers Nord") à leur 13e ("Quartiers Nord dessert le 13") en 2008, plus de 30 ans se sont écoulés ! Une longétivité qui tient surtout aux spécificités du groupe : un regard toujours focalisé sur la vie autour d'eux, à Marseille, un humour décapant et une capacité à mixer rock, opérette et patois marseillais... avec, en prime, une solidarité à toute épreuve !
Roberto Rock Rossi : En 1977, nous sommes une bande d'anciens copains du lycée, touche-à-tout, musique, cinéma, journaux... Tous les moyens sont bons pour exprimer notre contestation contre l'archaïsme du lycée, les dogmes religieux ou conservateurs ! Nous voulions, avec l'envie constante de rire, nous emparer de tout canal d'expression, ensemble pour partager ! Peu à peu, la musique a pris le pas sur le cinéma (trop cher) et les journaux. Et le Rock était alors à l'époque la musique de la contestation. Interdite peu après sa naissance aux Etats-Unis, elle reflétait un courant d'idées et surtout une énergie qui nous ressemblait.
Roberto Rock Rossi : Notre musique a l'énergie du rock, la puissance de l'autodérision venue des immigrants italiens et aussi une empreinte très locale. Faire du rock en marseillais, dans la langue "d'ici", n'était pas à l'époque chose commune... et pourtant, selon nous, c'était naturel (comme ce qui se pratiquait déjà en Italie). L'idée n'était pas de vanter Marseille, mais au contraire de composer avec nos origines, notre culture, notre verbe (même gras tel qu'on l'entend dans les rues). Il est hors de question pour autant de se refermer sur nous ; nous voulons exprimer via notre style de paroles, qui nous sommes, d'où nous venons...
Roberto Rock Rossi : Dans nos spectacles, nous avons toujours tout fait nous-mêmes. Par ailleurs, nous avons vécu de nombreux refus de la part des maisons de disques. Des faits qui, assemblés côte à côte, nous ont tout naturellement poussés à faire avec ce que nous avions, ce que nous possédions autour de nous. D'une certaine manière, cette situation a garanti notre liberté de parler et la totale propriété de nos œuvres. Une autonomie qu'aujourd'hui nous revendiquons haut et fort et qui permet de traverser les années... Une envergure sur le temps plus que sur l'espace !
Roberto Rock Rossi : Plus que politique, toute notre œuvre, est avant tout un acte social de partage et de rire ! Je crois que la culture à Marseille possède indéniablement des racines populaires. Elle naît de la rue, de son parler, de son regard souvent savamment satirique. Nos opérettes sont extraites de cette culture et de cette identité marseillaise. Et si, d'une certaine manière, elles n'ont, au départ, rien de provocant ou de révolutionnaire, elles le paraissent dans l'atmosphère des théâtres d'aujourd'hui. Ces théâtres ont leurs codes, leurs règles, leurs regards sur la culture, et notre genre n'entre pas forcément dans leurs catégories. D'où un aspect révolutionnaire inattendu sous nos bluettes à l'eau de rose et toutes ces chansons des années 30 plutôt sirupeuses que rebelles !
Roberto Rock Rossi : Dans toutes les luttes sociales, doivent exister de l'humour et de la verve satirique. Au-delà de casser les barrières entre les gens, c'est l'arme par excellence. Mon livre sur la presse satirique à Marseille pendant la Commune s'appelle "L'arme du rire" parce que c'est lui qui tend le plus vers la solidarité. Cette valeur, que nous partageons avec la Mutuelle de France-Sud, est essentielle car elle dépasse tous les obstacles. Nous-mêmes dans le groupe, elle nous réunit après tant d'années ! Pouvoir rire ensemble, nous rassemble malgré toutes nos divergences.
En savoir plus :
L'arme du rire de Robert Rossi
Création les jeudi 5, vendredi 6 et samedi 7 novembre 2009 au théâtre Toursky (Marseille)
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